Micro-évolution, dérive, coévolution, convergence : le vocabulaire qui rapporte des points
Cette fiche ferme le chapitre « Évolution ». On y range, une fois pour toutes, le vocabulaire que le concours adore piéger : l'échelle (micro- vs macro-évolution), les moteurs (mutation, sélection, dérive), le jeu à deux (coévolution) et le faux-jumeau (convergence). Chaque terme est défini, illustré, puis opposé à celui qu'on lui confond.
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1Micro- vs macro-évolution : d'abord une question d'échelle
L'évolution ne se joue pas à une seule échelle. On sépare son étude en deux niveaux, non pas parce que les mécanismes changent, mais parce que la grandeur de ce qu'on observe change.
- Micro-évolution = les changements évolutifs qui ont lieu au sein d'une même espèce. Concrètement : la modification, de génération en génération, des fréquences alléliques d'une population.
- Macro-évolution = les phénomènes qui ont lieu au-dessus du niveau de l'espèce : apparition de nouvelles espèces, de genres, de grands groupes, extinctions massives…
L'intuition. La micro-évolution, c'est zoomer sur une population : quels allèles y deviennent plus ou moins fréquents ? La macro-évolution, c'est dézoomer jusqu'à voir l'arbre du vivant se ramifier. Même moteur, deux focales.
La même règle sépare les deux : ce qui reste dans l'espèce est micro-évolutif ; ce qui la dépasse est macro-évolutif.
Le couple de mots qui structure tout : caractère ancestral / caractère dérivé
Pour parler d'évolution, il faut savoir dire d'un caractère s'il a bougé ou non. D'où deux étiquettes qu'on pose sur n'importe quel caractère.
- Caractère ancestral : un caractère qui n'a pas subi de modification au cours de l'évolution. Il est hérité tel quel de l'ancêtre.
- Caractère dérivé : un caractère nouveau, qui provient de la modification d'un caractère ancestral. Il apparaît sur une branche et se transmet ensuite à tous les descendants de cette branche.
« Ancestral » et « dérivé » ne sont pas des étiquettes absolues : ils se disent par rapport à un point de comparaison. Un caractère dérivé pour un grand groupe peut redevenir le point de départ (ancestral) à l'intérieur d'un sous-groupe. On compare toujours à quelque chose.
Un caractère dérivé apparaît en un point (nœud vert) puis est hérité par toute la descendance de ce point (ici B et C). L'état de départ, inchangé chez A, est l'état ancestral.
Ce que la micro-évolution mesure vraiment
Dire « l'espèce évolue » est vague. Le biologiste, lui, mesure une quantité précise : la fréquence d'un allèle dans une population. La micro-évolution, c'est cette fréquence qui change au fil des générations.
Pour un gène à deux allèles et dans une population :
- = fréquence de l'allèle : la proportion des copies du gène qui sont (entre et , soit ).
- = fréquence de l'allèle : la proportion qui sont .
- Micro-évolution = (et donc ) qui se déplace de génération en génération. Si passe de à , l'allèle s'est répandu dans la population : elle a micro-évolué.
La micro-évolution s'observe surtout dans de petites populations isolées : moins il y a d'individus, plus une même cause fait bouger vite et fort (on verra pourquoi avec la dérive).
Les causes agissent ensemble, jamais seules
Ces déplacements de fréquences alléliques ont plusieurs causes qui agissent simultanément. Il faut les connaître par cœur, car le concours teste précisément le fait qu'aucune n'agit toute seule.
Les fréquences alléliques d'une population changent sous l'effet, combiné, de :
- les mutations — elles créent en permanence de nouveaux allèles ;
- la dérive génétique — le hasard pur trie les allèles ;
- la sélection naturelle (ou artificielle) — l'avantage trie les allèles ;
- (et le flux génique — l'arrivée/départ d'individus migrants).
La sélection naturelle n'est pas le seul facteur d'évolution d'une population. La dérive, les mutations et le flux génique font aussi bouger les fréquences alléliques. Toute question qui présente la sélection comme « le seul facteur permettant l'évolution » est fausse.
2Les moteurs à ne jamais confondre : sélection vs dérive
Deux moteurs déplacent les allèles en triant ceux qui existent déjà. Ils font la même chose en apparence (ils changent ), mais pour des raisons opposées. Les distinguer, c'est trois ou quatre points garantis.
La sélection naturelle : un tri par l'avantage
Processus par lequel l'environnement trie les variants héréditaires déjà présents dans une population : les individus porteurs du caractère le plus avantageux survivent et se reproduisent davantage, donc transmettent davantage leurs allèles. La fréquence de l'allèle avantageux augmente.
Trois idées à verrouiller :
- elle ne crée rien : elle ne fait que trier des variations qui existaient déjà (ce sont les mutations qui créent) ;
- elle ne s'exerce que sur des variations héréditaires : un caractère non transmissible ne peut pas être sélectionné (il meurt avec l'individu) ;
- elle n'est pas du hasard : c'est l'avantage conféré qui décide qui passe le filtre.
« La sélection naturelle s'exerce sur certains individus purement au hasard » est FAUSSE. Le hasard, c'est la dérive. La sélection, elle, trie selon l'avantage. Ne jamais accoler « sélection » et « hasard ».
Il en découle la vraie définition d'une adaptation — l'un des mots les plus piégés du concours.
Une adaptation est une caractéristique d'une POPULATION, sélectionnée par l'environnement pour l'avantage qu'elle confère. Ce n'est jamais la transformation d'un individu au cours de sa vie.
Une adaptation n'est pas :
- « la transformation d'un individu au cours de sa vie pour répondre à un besoin » — c'est la vision lamarckienne, fausse ;
- une transformation qui « répond à la pression de la sélection » en direct. Le caractère avantageux préexiste ; la sélection ne fait que le trier dans la population.
Lamarck : l'individu se transforme pour répondre à un besoin, et transmet ce caractère acquis (faux). Darwin : les variants existent déjà par hasard, l'environnement en sélectionne les mieux adaptés dans la population (juste). Selon Lamarck, les caractères acquis au cours de la vie seraient transmis à la génération suivante — c'est justement le point réfuté.
La dérive génétique : un tri par le hasard pur
Évolution d'une population causée par des événements purement aléatoires et impossibles à prévoir. Exemple typique : le hasard des rencontres entre spermatozoïdes et ovules lors de la reproduction sexuée. Ses effets sont d'autant plus forts que la population est petite.
L'intuition. Imagine que tu tires quelques billes au hasard dans un grand sac moitié bleues / moitié rouges. Sur tirages, tu obtiens 50/50. Mais sur 4 tirages, tu peux très bien sortir 4 bleues : le hasard, sur petits effectifs, déforme les proportions. Une population réduite tire ses gamètes de la même façon : ses fréquences alléliques dérivent au hasard, sans que l'avantage n'ait rien à voir.
La dérive génétique :
- est impossible à prévoir (c'est du hasard) ✓ ;
- n'est pas une conséquence de la sélection naturelle (elle agit indépendamment) ;
- ne favorise pas systématiquement les allèles avantageux et ne défavorise pas la fixation des allèles désavantageux : elle est aveugle à l'avantage ;
- peut donc parfaitement fixer un allèle désavantageux (le rendre unique) et éliminer un allèle avantageux.
Le schéma qui rapporte le plus : même départ, deux destins
C'est la figure à savoir refaire. On part de deux populations identiques (allèle avantageux en bleu, allèle désavantageux en orange, à 50/50). On les laisse évoluer, l'une sous sélection, l'autre sous dérive. Le résultat est opposé.
Même point de départ, deux moteurs. La sélection pousse toujours vers l'avantage (bleu ). La dérive pousse au hasard et peut fixer le désavantageux (orange), en contradiction avec l'avantage. C'est toute la différence.
Exemple travaillé : les lézards Anolis des Turques-et-Caïques
Des écologues étudient une espèce de lézard (Anolis) endémique des îles Turques-et-Caïques, dans les Caraïbes. Pendant leur étude, l'archipel est balayé par deux ouragans successifs à plus de . Ils reprennent leurs mesures : la morphologie moyenne des survivants a changé.
Les survivants ont, en moyenne :
- des pattes avant plus longues (agrippent plus fort la branche) ;
- des coussinets adhésifs plus larges au bout des doigts (accrochage renforcé) ;
- des pattes arrière plus courtes (dépassant moins du corps, elles offrent moins de prise au vent).
En soufflerie : vers le lézard se cramponne encore ; vers , seuls les individus à « forte poigne » tiennent. Quand une rafale arrive, le lézard se met du côté de la branche opposé au vent : de larges coussinets et de longues pattes avant y font toute la différence.
Ces caractéristiques ne sont pas apparues à cause de l'ouragan. Elles existaient déjà, chez certains lézards seulement, avant les ouragans. L'ouragan n'a fait que trier : les porteurs ont survécu et ont transmis ces caractères à leur descendance. C'est de la sélection (tri de variants préexistants), pas une transformation individuelle (Lamarck).
La sélection = un filtre qui laisse passer des variants préexistants. Elle ne fabrique pas le caractère avantageux, elle le trie.
Le cas clinique du chapitre : la résistance aux antibiotiques
On donne trop souvent des antibiotiques : la fréquence des souches résistantes augmente. Mécanisme ? Dans la population bactérienne, quelques cellules portent déjà, par mutation préexistante, un allèle de résistance. L'antibiotique tue les sensibles et épargne les résistantes, qui se multiplient. C'est un processus de sélection naturelle.
La résistance ne résulte pas de mutations induites par l'antibiotique. L'antibiotique ne crée pas la résistance : il sélectionne des résistants qui préexistaient. Réponse attendue : « un processus de sélection naturelle », pas « des mutations induites par l'antibiotique ».
La suite de « Micro-évolution, dérive, coévolution, convergence : le vocabulaire qui rapporte des points » est prête.
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- 3. La coévolution : quand deux espèces s'entraînent mutuellement
- 4. L'évolution convergente = homoplasie
- 5. Synthèse : les trois moteurs de l'apparition de phénotypes nouveaux
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