Physique · Fiche 3

Statique

Équilibre des solides, centre de gravité et moment de force

34 min de lectureGratuit11 sections Télécharger en PDF

Ce que tu sauras faire

  • définir la statique et la notion d'équilibre d'un solide ;
  • énoncer et appliquer la condition d'équilibre de translation (F=0\sum \vec{F} = \vec{0}) ;
  • composer des forces parallèles (de même sens et de sens opposé) : intensité et point d'application de la résultante ;
  • localiser le centre de gravité d'un corps, théoriquement et expérimentalement ;
  • définir le moment d'une force, le bras de levier et le couple de forces ;
  • énoncer et appliquer la condition d'équilibre de rotation (M=0\sum \mathcal{M} = 0) ;
  • résoudre des problèmes de leviers, de balances et de corps suspendus.

1Introduction : qu'est-ce que la statique ?

La mécanique est la partie de la physique qui étudie le mouvement et l'équilibre des corps sous l'action des forces. On la divise traditionnellement en trois grandes branches :

  • la cinématique, qui décrit le mouvement (positions, vitesses, accélérations) sans se préoccuper de ses causes ;
  • la dynamique, qui relie le mouvement à ses causes, c'est-à-dire aux forces (lois de Newton) ;
  • la statique, objet de cette fiche, qui est en réalité un cas particulier de la dynamique : celui où le corps reste immobile ou en équilibre.
Définition1.1la statique

La statique est la partie de la mécanique qui étudie les forces s'exerçant sur un objet en équilibre ou au repos (par exemple : l'étude des leviers, des ponts, des balances, des structures de bâtiment).

Pourquoi un solide peut-il rester parfaitement immobile alors que plusieurs forces s'exercent sur lui (son poids, la réaction d'un support, la tension de fils…) ? La réponse tient en une phrase, qui est le fil conducteur de toute la fiche : un corps est en équilibre lorsque toutes les actions qu'il subit se compensent exactement, aussi bien celles qui tendent à le déplacer (translation) que celles qui tendent à le faire tourner (rotation).

Remarquedeux types d'équilibre, deux conditions

Nous verrons qu'il faut distinguer et vérifier deux conditions indépendantes :

  1. l'équilibre de translation : la somme (vectorielle) des forces est nulle \Rightarrow le corps ne se déplace pas ;
  2. l'équilibre de rotation : la somme des moments des forces est nulle \Rightarrow le corps ne tourne pas.

Un solide n'est en équilibre complet que si les deux conditions sont satisfaites en même temps.

Rappel indispensable : la notion de force

Une force modélise une action mécanique exercée sur un corps (une poussée, une traction, une attraction…). C'est une grandeur vectorielle : pour la décrire complètement, il faut préciser quatre caractéristiques.

CaractéristiqueSignification
Point d'applicationl'endroit précis où la force s'exerce sur le corps.
Directionla droite (ou « ligne d'action ») le long de laquelle elle agit.
Sensl'orientation sur cette droite (vers la gauche/droite, le haut/bas…).
Intensitéla « valeur » de la force, sa norme, mesurée en newtons (N\mathrm{N}).
Remarquenotation

Le vecteur force se note avec une flèche, F\vec{F} ; son intensité (un nombre positif, avec une unité) se note sans flèche, FF. Ainsi F\vec{F} contient la direction et le sens, tandis que F=FF = \lVert \vec{F}\rVert n'en est que la « longueur ». Cette distinction est capitale en statique : deux forces peuvent avoir la même intensité FF tout en étant des vecteurs opposés.

2Équilibre de translation d'un solide

Commençons par le cas le plus simple : un solide soumis à deux forces seulement.

Définition2.1équilibre de translation sous deux forces

Soit AA un solide indéformable posé sur une table horizontale et soumis à l'action de deux forces F\vec{F} et F\vec{F}'. On dit qu'il est maintenu en équilibre de translation lorsque ces deux forces ont :

  • la même direction (même ligne d'action) ;
  • la même intensité (F=FF = F') ;
  • des sens opposés.

*Figure 1 : Solide en équilibre sous l'action de deux forces dont la résultante est équivalente à une force nulle.

Remarquepourquoi une table horizontale ?

Le solide est posé sur une table horizontale afin de ne pas devoir tenir compte de la force d'attraction terrestre (le poids). Sur une table horizontale, le poids du solide (vertical, vers le bas) est exactement compensé par la réaction de la table (verticale, vers le haut). On peut alors raisonner uniquement sur les forces F\vec{F} et F\vec{F}' appliquées horizontalement.

Propriété2.1invariance le long de la ligne d'action

On peut déplacer le point d'application d'une force le long de sa ligne d'action sans modifier l'équilibre du système (pour un solide indéformable). Une force « glisse » donc sur sa propre droite : c'est ce qu'on appelle un vecteur glissant.

Ce cas à deux forces n'est qu'une illustration. La condition générale, valable quel que soit le nombre de forces, s'énonce ainsi :

Propriété2.2condition d'équilibre de translation

Un système soumis à plusieurs forces F1,F2,,Fn\vec{F}_1, \vec{F}_2, \dots, \vec{F}_n n'est en équilibre de translation que si la résultante (somme vectorielle) de ces forces est nulle.

Formule2.1résultante nulle — équilibre de translation
  iFi=F1+F2++Fn=0  \boxed{\;\sum_{i} \vec{F}_i = \vec{F}_1 + \vec{F}_2 + \dots + \vec{F}_n = \vec{0}\;}
où :
  • Fi\vec{F}_i : chacune des forces appliquées au solide, en newtons (N\mathrm{N}) ;
  • 0\vec{0} : le vecteur nul (intensité nulle, pas de direction privilégiée) ;
  • le symbole \sum (« somme ») signifie que l'on additionne vectoriellement toutes les forces, en tenant compte de leur direction et de leur sens.
Attentionsomme vectorielle, pas somme des intensités !

Fi=0\sum \vec{F}_i = \vec{0} ne veut pas dire que la somme des intensités Fi\sum F_i est nulle (une intensité est toujours positive). Cela veut dire que les forces se compensent : projetées sur un axe, les contributions « vers la droite » égalent celles « vers la gauche », et de même verticalement. En pratique, dans un plan, F=0\sum \vec{F} = \vec{0} équivaut à deux équations scalaires : Fx=0\sum F_x = 0 et Fy=0\sum F_y = 0.

Exemplelecture de la condition sur un cas concret

Un livre est posé, immobile, sur une table horizontale. Il subit deux forces : son poids G\vec{G} (vertical, vers le bas, G=8 NG=8\,\mathrm{N} par exemple) et la réaction normale R\vec{R} de la table (verticale, vers le haut). Le livre est en équilibre, donc

G+R=0R=G.\vec{G} + \vec{R} = \vec{0} \quad\Longrightarrow\quad \vec{R} = -\,\vec{G} .

En intensité : R=G=8 NR = G = 8\,\mathrm{N}. La réaction de la table a donc exactement la même intensité que le poids, la même direction (verticale), mais le sens opposé. C'est très exactement la situation de la Figure 1, appliquée à la verticale. Si l'on retirait la table, la condition ne serait plus satisfaite (G0\vec{G} \neq \vec{0} tout seul) et le livre tomberait : il ne serait plus en équilibre.

Le principe d'action et de réaction

Propriété2.33e loi de Newton — action/réaction

Si un corps AA exerce une force F\vec{F} (action) sur un autre corps BB, alors, simultanément, BB exerce sur AA une force F\vec{F}' (réaction) :

  • d'égale intensité : F=FF' = F ;
  • de même direction ;
  • de sens opposé : F= F\vec{F}' = -\,\vec{F}.
Attentionne pas confondre avec l'équilibre

Les forces d'action et de réaction sont opposées mais elles ne se compensent jamais entre elles, car elles s'appliquent sur deux corps différents (F\vec{F} sur BB, F\vec{F}' sur AA). Pour étudier l'équilibre d'un corps, on ne retient que les forces qui s'exercent sur lui. C'est le piège classique : action/réaction \neq équilibre.

3Le poids : la force d'attraction terrestre

La force omniprésente en statique est le poids, c'est-à-dire la force d'attraction que la Terre exerce sur tout corps. Avant d'aller plus loin, fixons cette formule, car presque tous les exemples de la fiche l'utilisent.

Formule3.1poids d'un corps
  G=mgen intensiteˊ :G=mg  \boxed{\;\vec{G} = m\,\vec{g} \qquad\text{en intensité :}\qquad G = m\,g\;}
où :
  • GG : intensité du poids (force de gravitation exercée par la Terre), en newtons (N\mathrm{N}) ;
  • mm : masse du corps, en kilogrammes (kilogram\mathrm{kilogram}) ;
  • gg : intensité du champ de pesanteur (ou « constante de pesanteur »). On la mesure en N/kilogram\mathrm{N}/\mathrm{kilogram} ou, de façon équivalente, en m/s2\mathrm{m}/\mathrm{s}^{2} : g9.81 N/kilogramg \approx 9.81\,\mathrm{N}/\mathrm{kilogram}, valeur souvent arrondie à 10 N/kilogram10\,\mathrm{N}/\mathrm{kilogram} dans les exercices.
RemarqueN/kilogram\mathrm{N}/\mathrm{kilogram} et m/s2\mathrm{m}/\mathrm{s}^{2}, la même chose

Pourquoi gg peut-il se mesurer en N/kilogram\mathrm{N}/\mathrm{kilogram} ou en m/s2\mathrm{m}/\mathrm{s}^{2} ? Parce qu'un newton est défini par 1 N=1 kilogramm/s21\,\mathrm{N}=1\,\mathrm{kilogram}\mathrm{m}/\mathrm{s}^{2} (c'est la 2e loi de Newton, F=maF=ma). Donc

N/kilogram=kilogramm/s2kilogram=m/s2.\mathrm{N}/\mathrm{kilogram} = \frac{\mathrm{kilogram}\mathrm{m}/\mathrm{s}^{2}}{\mathrm{kilogram}} = \mathrm{m}/\mathrm{s}^{2}.

Les deux écritures g=10 N/kilogramg=10\,\mathrm{N}/\mathrm{kilogram} et g=10 m/s2g=10\,\mathrm{m}/\mathrm{s}^{2} désignent exactement la même grandeur ; on choisit l'une ou l'autre selon que l'on raisonne en termes de force ou d'accélération.

Attentionpiège des unités : convertir la masse en kilogrammes

La formule G=m gG=m\,g n'est correcte que si mm est en kilogrammes. Une masse donnée en grammes doit impérativement être convertie. Exemple : pour m=200 g=0.200 kilogramm=200\,\mathrm{g}=0.200\,\mathrm{kilogram} et g=10 N/kilogramg=10\,\mathrm{N}/\mathrm{kilogram},

G=0,200×10=2N(et non 200N!).G = 0{,}200 \times 10 = 2\,\mathrm{N}\quad(\text{et non } 200\,\mathrm{N}!).

Écrire « G=200×10=2000 NG = 200 \times 10 = 2000\,\mathrm{N} » serait une faute d'un facteur 1000.

Exemplepoids sur la Terre et sur la Lune

Considérons un corps de masse m=200 g=0.200 kilogramm = 200\,\mathrm{g} = 0.200\,\mathrm{kilogram}.

  • Sur la Terre, avec gT=10 N/kilogramg_{\text{T}}=10\,\mathrm{N}/\mathrm{kilogram} : G_T = m g_T = 0,200 × 10 = 2 N2\,\mathrm{N}.
  • Sur la Lune, le champ de pesanteur est environ six fois plus faible : gL=gT61.67 N/kilogramg_{\text{L}} = \dfrac{g_{\text{T}}}{6} \approx 1.67\,\mathrm{N}/\mathrm{kilogram}. Donc G_L = m g_L = 0,200 × 1,67 ≈ 0.33 N0.33\,\mathrm{N}.

Conclusion : la masse mm ne change pas (c'est une quantité de matière, la même partout), mais le poids est six fois plus petit sur la Lune que sur la Terre. Dire que la force de gravité serait « six fois plus grande » sur la Lune est donc faux : c'est l'inverse.

3 sections offertes sur 11

La suite de « Statique » est prête.

Ce cours reste 100 % gratuit — comme les 61 cours de la bibliothèque. Ton compte les ouvre tous et sauvegarde ta progression ; tu reprends ta lecture exactement ici.

  • 4. Équilibre sous des forces parallèles de même sens
  • 5. Forces parallèles de sens opposé
  • 6. Centre de gravité d'un corps
  • … et 5 de plus

Gratuit · Sans mot de passe · Sans carte bancaire — juste ton email.

En continuant, tu acceptes nos conditions et notre politique de confidentialité.

Déjà un compte ? · Le Pack en détail