Quand un allèle n'écrase pas l'autre : dominance incomplète, codominance, groupes sanguins et poids de l'environnement
1Le décor : pourquoi le modèle « 3 : 1 » ne suffit pas toujours
Chez le pois de Mendel, tout paraît simple : un allèle dominant masque totalement un allèle récessif, et un croisement d'hétérozygotes donne le fameux rapport 3 : 1. Ce modèle est vrai… mais il ne décrit qu'un des scénarios possibles. La nature a d'autres façons de faire dialoguer deux allèles, et un phénotype n'est presque jamais « un gène = un caractère ». Cette sous-fiche installe les cas que le concours adore piéger.
Fixons d'abord le vocabulaire, qui sera notre outil de travail dans toute la fiche.
- Gène : une portion d'ADN qui porte l'information d'un caractère (p. ex. « couleur de la fleur »).
- Allèle : une version d'un gène (p. ex. « rouge » ou « blanc »). Un individu diploïde possède deux allèles par gène, un sur chaque chromosome homologue.
- Génotype : le contenu allélique (ce qui est écrit, p. ex. ). Phénotype : ce qui est visible (p. ex. « fleur rose »).
Un allèle est dominant s'il s'exprime même en un seul exemplaire ; récessif s'il ne s'exprime que présent en double. On est homozygote quand les deux allèles sont identiques (, ), hétérozygote quand ils diffèrent (). Toute la question de cette fiche est : que se passe-t-il chez l'hétérozygote ?
Range chaque situation dans l'une de deux familles. (1) Deux allèles pour un même gène : soit l'un écrase l'autre (dominance stricte, modèle de Mendel), soit ils se partagent le phénotype (dominance incomplète ou codominance). (2) Le phénotype dépend de plusieurs gènes et/ou du milieu : allèles multiples, polygénie, voies métaboliques, environnement. On les traite dans cet ordre.
2Dominance incomplète : l'hétérozygote « entre les deux »
Le phénomène et sa notation
Croisons une belle-de-nuit rouge de lignée pure avec une belle-de-nuit blanche de lignée pure. Résultat : 100 % de descendants roses. Ni rouge, ni blanc : un phénotype intermédiaire. Aucun des deux allèles ne l'emporte : chacun apporte « sa moitié » de couleur.
Relation où l'hétérozygote présente un phénotype intermédiaire entre ceux des deux homozygotes. Aucun allèle n'est vraiment dominant : chez la belle-de-nuit, un seul allèle « rouge » ne fabrique pas assez de pigment pour colorer toute la fleur, et le résultat, pondéré par le fond blanc, donne du rose.
Comme il n'y a plus de dominant à écrire en majuscule ni de récessif en minuscule, on change de notation : une même lettre pour le gène, un indice pour chaque allèle. Ici pour « couleur », indice (rouge) ou (blanc).
| Génotype | Phénotype | Statut |
|---|---|---|
| rouge | homozygote | |
| blanc (fond clair) | homozygote | |
| rose | hétérozygote (intermédiaire) |
Les deux croisements clés (à savoir refaire de tête)
Croisement 1 — parents purs : rouge blanc. Chaque parent est homozygote, il ne peut donner qu'un seul type de gamète. Toute la descendance est , donc rose.
Croisement 2 — rose rose. Chaque parent hétérozygote donne deux gamètes, et . C'est ici que tout se joue.
Figure 1 — Les deux échiquiers de Punnett de la dominance incomplète. À gauche : parents purs 100 % roses. À droite : rose rose rapport 1 : 2 : 1.
- rapport 1 : 2 : 1 = proportions phénotypiques (et non 3 : 1).
- chaque phénotype correspond ici à un seul génotype : le phénotype « trahit » directement le génotype.
- à comparer au modèle de Mendel : là, le rapport phénotypique 3 : 1 cache un rapport génotypique 1 : 2 : 1 (les et se ressemblent). En dominance incomplète, rapport phénotypique = rapport génotypique.
La leçon cachée : les allèles ne se sont PAS mélangés
Le rose des parents semble suggérer que « le rouge et le blanc se sont mélangés une fois pour toutes », comme deux pots de peinture. Le croisement rose rose démolit cette idée : parmi les enfants réapparaissent du rouge pur et du blanc pur. Si les couleurs s'étaient vraiment mélangées, on aurait uniquement du rose (ou du « rose plus pâle ») — jamais du rouge franc.
La dominance incomplète agit sur le phénotype de l'hétérozygote, pas sur les allèles eux-mêmes. Les allèles et se séparent à la méiose, gardent leur identité, et se recombinent au hasard à la fécondation. La réapparition des couleurs pures en est la preuve que l'hérédité est particulaire (Mendel), et non un mélange de fluides.
« Le rose prouve l'hérédité par mélange » est FAUX. C'est même l'inverse : c'est le retour du rouge et du blanc purs qui prouve que rien ne s'est mélangé. Le phénotype intermédiaire n'existe qu'à cause du dosage du pigment chez l'hétérozygote, pas d'une fusion des allèles.
La suite de « Quand un allèle n'écrase pas l'autre : dominance incomplète, codominance, groupes sanguins et poids de l'environnement » est prête.
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- 3. Codominance et allèles multiples : le système ABO
- 4. Un gène n'est pas un caractère : polygénie et voies métaboliques
- 5. Le poids de l'environnement sur le phénotype
- … et 1 de plus
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