Bilans de matière
Ce que tu sauras faire
- pondérer (ajuster) une équation chimique en respectant la conservation des atomes ;
- interpréter les coefficients stœchiométriques en molécules et en moles ;
- relier masse, quantité de matière et volume gazeux (, , ) ;
- construire un tableau d'avancement et calculer l'avancement maximal ;
- identifier le réactif limitant et le réactif en excès ;
- calculer le rendement d'une réaction () ;
- résoudre un bilan de matière complet (masses, moles, volumes).
1Introduction : qu'est-ce qu'un bilan de matière ?
Lorsqu'une réaction chimique se produit, des espèces de départ — les réactifs — se transforment en de nouvelles espèces — les produits. Faire le bilan de matière d'une réaction, c'est répondre à des questions très concrètes : quelle masse de réactif faut-il engager pour obtenir une certaine quantité de produit ? Quel réactif va s'épuiser le premier ? Quel volume de gaz va se dégager ? C'est, en pratique, la comptabilité de la matière au cours d'une transformation chimique.
Le bilan de matière d'une réaction est le décompte des quantités de matière (en moles) de chaque espèce avant la réaction (état initial, ) et après la réaction (état final, ). Il repose entièrement sur les proportions fixées par l'équation chimique pondérée. On parle aussi de stœchiométrie (du grec stoikheîon, « élément », et métron, « mesure »).
Une équation chimique est comme une recette. La recette « 2 œufs + 3 cuillères de farine 1 gâteau » indique des proportions : pour 1 gâteau il faut 2 œufs et 3 cuillères de farine. Si l'on dispose de 4 œufs et de beaucoup de farine, on pourra faire 2 gâteaux, mais les œufs seront épuisés : ils jouent le rôle de réactif limitant. Si l'on n'utilise que la moitié des œufs disponibles, on dira que le rendement de la cuisine fut faible. Tout le vocabulaire de cette fiche se retrouve dans cette image.
Pour mener un bilan de matière, il faut trois ingrédients, qui forment le plan de cette fiche :
- une équation chimique pondérée (section 2), qui donne les proportions ;
- un moyen de convertir masses et volumes en quantités de matière (section 3) ;
- les règles de proportionnalité stœchiométriques (sections 4 à 7), qui relient les espèces entre elles.
Avant de quantifier une réaction, il est utile de savoir la nommer. On rencontre notamment :
- acide–base : transfert d'un proton , ex. ;
- d'oxydoréduction (redox) : transfert d'électrons, ex. ou une combustion ;
- de précipitation : formation d'un solide peu soluble, ex. ;
- de décomposition : une espèce se scinde, ex. ;
- d'hydrogénation : addition de .
Quel que soit le type, le bilan de matière s'effectue toujours de la même façon : par les coefficients stœchiométriques.
2L'équation chimique et sa pondération
La conservation de la matière
Une réaction chimique ne fait que réorganiser des atomes : elle casse certaines liaisons et en forme d'autres, mais elle ne crée ni ne détruit d'atomes. Tous les atomes présents dans les réactifs se retrouvent intégralement dans les produits.
Au cours d'une réaction chimique, les atomes se conservent : il y a, pour chaque élément, autant d'atomes dans les réactifs que dans les produits. Il en résulte que la masse totale se conserve :
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » (Lavoisier, 1789).
Coefficients stœchiométriques et équation pondérée
Une équation chimique est pondérée (on dit aussi ajustée ou équilibrée) lorsque les nombres entiers placés devant les formules — les coefficients stœchiométriques — assurent qu'il y a le même nombre d'atomes de chaque élément dans les réactifs et dans les produits. On choisit conventionnellement les plus petits coefficients entiers possibles.
Pour pondérer, on ajuste uniquement les coefficients placés devant les formules, jamais les indices à l'intérieur des formules. Écrire (dioxygène) plutôt que change la nature de l'espèce : on n'a pas le droit de transformer en pour équilibrer. On peut seulement écrire « ».
- Repérer tous les éléments présents et faire l'inventaire des atomes de chaque côté.
- Commencer par l'élément qui n'apparaît que dans une espèce de chaque côté (souvent un métal ou le carbone), puis l'hydrogène, et finir par l'oxygène.
- Ajuster un coefficient, puis répercuter sur les autres espèces ; recompter.
- Si l'on obtient des coefficients fractionnaires, multiplier toute l'équation par le dénominateur commun pour revenir à des entiers.
- Vérifier : chaque élément doit être équilibré, et la charge totale aussi (réactions ioniques).
On veut équilibrer l'équation de l'oxydation du fer :
Étape 1 — inventaire. À droite, la formule impose 2 atomes de fer et 3 atomes d'oxygène par motif. À gauche, le fer arrive seul () et l'oxygène par molécules de (2 atomes chacune).
Étape 2 — le fer. Pour avoir 2 à droite, on met le coefficient 2 devant : .
Étape 3 — l'oxygène. À droite, 3 atomes d'oxygène ; à gauche, des paquets de 2. Le plus petit commun multiple de 2 et 3 est 6. On met donc 6 atomes O de chaque côté : à gauche (soit ), à droite (soit ) :
Étape 4 — ré-équilibrer le fer. En passant à , on a maintenant atomes de fer à droite. On corrige donc le coefficient du fer à 4 :
Vérification. Fer : à gauche, à droite ✓ ; oxygène : à gauche, à droite ✓.
Somme des coefficients. . C'est le plus petit jeu d'entiers possible : on ne peut pas diviser par un même entier .
Le kérosène (carburant d'avion) est modélisé par la formule . Sa combustion complète dans le dioxygène donne du dioxyde de carbone et de l'eau :
Étape 1 — le carbone. 14 atomes C à gauche il faut à droite.
Étape 2 — l'hydrogène. 30 atomes H à gauche il faut à droite (car ). On a donc provisoirement .
Étape 3 — l'oxygène. À droite : atomes O. À gauche, des paquets de 2 : il faut . Coefficient fractionnaire !
Étape 4 — revenir aux entiers. On multiplie toute l'équation par 2 :
Vérification. C : ✓; H : ✓; O : à gauche, à droite ✓.
On propose l'équation de la réaction du cobalt avec le nitrate de potassium en milieu chlorhydrique :
Est-elle correctement ajustée ?
Inventaire élément par élément (réactifs produits) :
| Élément | Réactifs | Produits (version proposée) |
|---|---|---|
| () ✓ | ||
| () | () | |
| () ✓ | ||
| () | (, ) ✓ | |
| () | () ✓ | |
| () | (, ) |
Diagnostic. Le potassium () et le chlore () ne sont pas équilibrés : l'équation proposée est fausse. Il manque un . En mettant le coefficient 2 devant , on rééquilibre simultanément K () et Cl () :
Leçon. Avant tout bilan de matière, on vérifie systématiquement que l'équation est pondérée : un calcul mené sur une équation fausse donne un résultat faux. C'est le réflexe numéro un.
3La quantité de matière : le pont entre masse, moles et volume
Les coefficients d'une équation comptent des moles. Or, dans un laboratoire, on mesure des masses (avec une balance) et des volumes (avec une éprouvette). Il faut donc savoir passer des grammes et des litres aux moles. C'est le rôle des trois relations suivantes.
De la masse à la quantité de matière
- : quantité de matière de l'espèce, en moles () ;
- : masse de l'échantillon, en grammes () ;
- : masse molaire de l'espèce, en grammes par mole ().
La masse molaire d'une molécule se calcule en additionnant les masses molaires atomiques de tous ses atomes (lues dans la classification périodique).
Une mole est un paquet contenant entités (le nombre d'Avogadro), exactement comme une « douzaine » désigne 12 objets. Compter en moles permet de manipuler des nombres raisonnables : d'eau, c'est déjà molécules, soit .
Du volume gazeux à la quantité de matière
Pour les gaz, il existe une propriété remarquable (loi d'Avogadro) : à température et pression fixées, une mole de n'importe quel gaz occupe toujours le même volume, appelé volume molaire . Aux conditions TPN (Température et Pression Normales : et ), ce volume vaut .
- : quantité de matière de gaz, en moles () ;
- : volume occupé par le gaz, en litres () ;
- : volume molaire, en litres par mole () ; aux TPN, .
De la solution à la quantité de matière
Pour une espèce dissoute, on utilise la concentration molaire (ou molarité) .
- : quantité de matière de soluté, en moles () ;
- : concentration molaire de la solution, en moles par litre (, noté aussi ) ;
- : volume de solution prélevé, en litres ().
La notation désigne la concentration molaire de l'espèce en .
Ces trois relations sont les seules « portes d'entrée » vers les moles. Selon la donnée fournie, on choisit la bonne :
Toute la chimie quantitative consiste à convertir les données en moles, à appliquer les proportions de l'équation, puis à reconvertir le résultat dans l'unité demandée.
La suite de « Bilans de matière » est prête.
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- 4. Les proportions stœchiométriques
- 5. Le tableau d'avancement
- 6. Réactif limitant et réactif en excès
- … et 4 de plus
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