Liaisons et structures de Lewis
Ce que tu sauras faire
- distinguer les trois grands types de liaisons — covalente, ionique et covalente de coordination (dative) ;
- énoncer et appliquer la règle de l'octet (et du duet) et reconnaître ses exceptions ;
- construire une structure de Lewis par la méthode des cinq étapes (, , , ) ;
- calculer une charge formelle et l'utiliser pour choisir la meilleure structure ;
- appliquer la théorie VSEPR (Gillespie) pour prédire la géométrie de répulsion et la géométrie moléculaire ;
- classer une molécule dans la notation et en déduire sa forme (linéaire, coudée, tétraédrique, etc.) ;
- décrire le phénomène de résonance et écrire des formes limites équivalentes.
1Les liaisons chimiques
Pourquoi les atomes se lient-ils ?
Dans la nature, les atomes isolés sont rares : on les rencontre presque toujours associés les uns aux autres pour former des molécules ou des cristaux. La raison est énergétique : un atome isolé possède en général une couche électronique externe incomplète, donc une réserve d'énergie élevée. En partageant ou en échangeant des électrons, les atomes atteignent une configuration plus stable — celle des gaz rares (, , …), dont la couche externe est pleine. Une liaison chimique est précisément la force qui maintient deux atomes ensemble une fois cet abaissement d'énergie réalisé.
Une liaison chimique est une interaction stabilisante qui assure la cohésion entre deux atomes (ou ions). Elle se forme parce que l'édifice lié possède une énergie plus basse que celle des atomes séparés : c'est cette différence d'énergie qu'il faudrait fournir pour « casser » la liaison (énergie de liaison).
Une molécule est donc composée d'atomes liés entre eux. Selon la façon dont les électrons de la couche externe (les électrons de valence) sont mis en jeu, on distingue trois grands types de liaisons, présentés ci-dessous : la liaison covalente, la liaison ionique et la liaison covalente de coordination.
La liaison covalente
Une liaison covalente résulte de la mise en commun d'une paire d'électrons (un doublet liant) entre deux atomes. Chaque atome fournit en général un électron : le doublet ainsi formé « appartient » simultanément aux deux atomes, ce qui leur permet à tous deux de compléter leur octet. Une, deux ou trois paires partagées donnent respectivement une liaison simple, double ou triple.
On distingue, autour de chaque atome, deux sortes de doublets d'électrons :
- les doublets liants : paires partagées entre deux atomes (les liaisons) ;
- les doublets non liants (ou paires électroniques libres) : paires qui restent propres à un seul atome et ne participent pas à une liaison.
Chaque atome de chlore apporte électrons de valence. Dans , on partage un doublet (2 électrons) : autour de chaque on compte alors les électrons de ses trois doublets non liants plus les électrons du doublet liant, soit électrons — l'octet. C'est exactement la configuration de l'argon, le gaz rare voisin : la molécule est stable.
La liaison ionique
Une liaison ionique est une interaction électrostatique entre des ions de signes opposés. Elle résulte du transfert complet d'un ou plusieurs électrons d'un atome (peu électronégatif, qui devient un cation positif) vers un autre (très électronégatif, qui devient un anion négatif). Aucune paire n'est partagée : c'est l'attraction entre charges et qui assure la cohésion.
La liaison ionique n'est pas un partage mais un don. On reconnaît un composé ionique au fort écart d'électronégativité entre ses atomes (typiquement un métal et un non-métal). À l'opposé, deux atomes identiques (comme dans ) ne peuvent former qu'une liaison covalente, puisqu'aucun des deux n'est plus avide d'électrons que l'autre.
La liaison covalente de coordination (dative)
Une liaison covalente de coordination (ou liaison dative) est une liaison covalente particulière : c'est encore un partage d'un doublet, mais ici les deux électrons partagés proviennent d'un seul et même atome. L'atome qui apporte le doublet est le donneur ; celui qui le reçoit (et qui possède une case vide) est l'accepteur. Une fois formée, cette liaison est en tout point semblable à une liaison covalente ordinaire.
La réaction s'écrit, le doublet non liant de l'azote (noté « : ») capturant le proton :
L'azote passe de à liaisons ; il porte alors une charge formelle (voir section 4), ce qui explique la charge globale de l'ion. Une fois l'ion formé, rien ne distingue la liaison dative des trois autres : l'ion est parfaitement tétraédrique et symétrique.
- Covalente : mise en commun d'un doublet, un électron de chaque atome. Typique entre non-métaux d'électronégativités voisines.
- Ionique : transfert total d'électron(s), puis attraction électrostatique entre ions. Typique entre un métal et un non-métal (fort écart d'électronégativité).
- Coordination (dative) : mise en commun d'un doublet, mais les deux électrons proviennent du même atome (un donneur + un accepteur à case vide).
2La règle de l'octet (et du duet)
Énoncé et signification
Tout l'art des structures de Lewis repose sur une idée directrice unique : chaque atome cherche à s'entourer du bon nombre d'électrons pour imiter le gaz rare le plus proche. Pour la plupart des atomes, ce « bon nombre » est huit ; pour l'hydrogène et l'hélium, c'est deux.
Lors de la formation des liaisons, les atomes tendent à s'entourer de :
- huit électrons de valence (octet) — ils adoptent alors la configuration stable d'un gaz rare comme ou ;
- deux électrons (duet) pour l'hydrogène et l'hélium , qui visent la configuration de .
On compte, autour de chaque atome, à la fois ses doublets non liants et les doublets liants qu'il partage. C'est le point fondamental des structures de Lewis : assurer l'octet (ou le duet) de chaque atome, gage de stabilité.
« S'entourer de huit électrons » ne veut pas dire « posséder huit électrons en propre » : les électrons des doublets liants sont comptés deux fois, une fois pour chaque atome de la liaison. C'est ce double comptage qui permet à deux atomes de compléter simultanément leur octet en ne partageant qu'un seul doublet.
Choisir entre plusieurs structures possibles
Une même formule brute peut souvent s'écrire de plusieurs manières. Lorsque c'est le cas, on retient les structures qui satisfont, dans l'ordre, les critères suivants.
Si un composé admet plusieurs structures, on privilégie celles dont :
- les atomes de la première et de la deuxième période (, , , , …) respectent l'octet (ou le duet) — ces atomes ne peuvent jamais le dépasser ;
- les densités de charges sont réparties en respectant les électronégativités (les charges négatives sur les atomes les plus électronégatifs) ;
- les charges formelles sont minimales (les plus proches de zéro) et, à valeur égale, les plus éloignées les unes des autres.
Les éléments de la troisième période et au-delà (, , , , …) possèdent des orbitales accessibles : ils peuvent dépasser l'octet (on parle d'octet étendu ou d'hypervalence). C'est ce qui rend possibles des édifices comme , ou l'ion . En revanche, , , , sont strictement limités à huit électrons.
- Dans , l'oxygène s'entoure de électrons (2 liaisons + 2 doublets libres) : octet respecté ; chaque s'entoure de électrons : duet respecté.
- Dans , le carbone forme liaisons, soit électrons : octet parfait, sans aucun doublet libre.
- Dans , le soufre (3e période) forme liaisons, soit électrons autour de lui : c'est un octet étendu, permis car dispose d'orbitales .
La suite de « Liaisons et structures de Lewis » est prête.
Ce cours reste 100 % gratuit — comme les 61 cours de la bibliothèque. Ton compte les ouvre tous et sauvegarde ta progression ; tu reprends ta lecture exactement ici.
- 3. Construire une structure de Lewis : la méthode des cinq étapes
- 4. La charge formelle
- 5. La théorie VSEPR (modèle de Gillespie)
- … et 3 de plus
Gratuit · Sans mot de passe · Sans carte bancaire — juste ton email.
Déjà un compte ? · Le Pack en détail
