ChimieFiche 6 · Liaisons et structures de Lewis
Chimie · Fiche 6

Liaisons et structures de Lewis

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Ce que tu sauras faire

  • distinguer les trois grands types de liaisons — covalente, ionique et covalente de coordination (dative) ;
  • énoncer et appliquer la règle de l'octet (et du duet) et reconnaître ses exceptions ;
  • construire une structure de Lewis par la méthode des cinq étapes (nmax(e)n_{\max}(e^{-}), nv(e)n_{v}(e^{-}), nl(e)n_{l}(e^{-}), nnl(e)n_{nl}(e^{-})) ;
  • calculer une charge formelle et l'utiliser pour choisir la meilleure structure ;
  • appliquer la théorie VSEPR (Gillespie) pour prédire la géométrie de répulsion et la géométrie moléculaire ;
  • classer une molécule dans la notation AXnEm\mathrm{AX_{n}E_{m}} et en déduire sa forme (linéaire, coudée, tétraédrique, etc.) ;
  • décrire le phénomène de résonance et écrire des formes limites équivalentes.

1Les liaisons chimiques

Pourquoi les atomes se lient-ils ?

Dans la nature, les atomes isolés sont rares : on les rencontre presque toujours associés les uns aux autres pour former des molécules ou des cristaux. La raison est énergétique : un atome isolé possède en général une couche électronique externe incomplète, donc une réserve d'énergie élevée. En partageant ou en échangeant des électrons, les atomes atteignent une configuration plus stable — celle des gaz rares (He\ce{He}, Ne\ce{Ne}, Ar\ce{Ar}…), dont la couche externe est pleine. Une liaison chimique est précisément la force qui maintient deux atomes ensemble une fois cet abaissement d'énergie réalisé.

Définition1.1liaison chimique

Une liaison chimique est une interaction stabilisante qui assure la cohésion entre deux atomes (ou ions). Elle se forme parce que l'édifice lié possède une énergie plus basse que celle des atomes séparés : c'est cette différence d'énergie qu'il faudrait fournir pour « casser » la liaison (énergie de liaison).

Remarque

Une molécule est donc composée d'atomes liés entre eux. Selon la façon dont les électrons de la couche externe (les électrons de valence) sont mis en jeu, on distingue trois grands types de liaisons, présentés ci-dessous : la liaison covalente, la liaison ionique et la liaison covalente de coordination.

La liaison covalente

Définition1.2liaison covalente

Une liaison covalente résulte de la mise en commun d'une paire d'électrons (un doublet liant) entre deux atomes. Chaque atome fournit en général un électron : le doublet ainsi formé « appartient » simultanément aux deux atomes, ce qui leur permet à tous deux de compléter leur octet. Une, deux ou trois paires partagées donnent respectivement une liaison simple, double ou triple.

On distingue, autour de chaque atome, deux sortes de doublets d'électrons :

  • les doublets liants : paires partagées entre deux atomes (les liaisons) ;
  • les doublets non liants (ou paires électroniques libres) : paires qui restent propres à un seul atome et ne participent pas à une liaison.
Figure 1 — Molécule de dichlore ClX2\ce{Cl2}. Les deux atomes partagent un doublet liant (la liaison covalente simple, notée ClCl\ce{Cl-Cl}). Chaque atome conserve en plus trois doublets non liants. Chacun s'entoure ainsi de 88 électrons : la règle de l'octet est respectée.
Exempledécompte des électrons dans ClX2\ce{Cl2}

Chaque atome de chlore apporte 77 électrons de valence. Dans ClX2\ce{Cl2}, on partage un doublet (2 électrons) : autour de chaque Cl\ce{Cl} on compte alors les 66 électrons de ses trois doublets non liants plus les 22 électrons du doublet liant, soit 6+2=86+2 = 8 électrons — l'octet. C'est exactement la configuration de l'argon, le gaz rare voisin : la molécule est stable.

La liaison ionique

Définition1.3liaison ionique

Une liaison ionique est une interaction électrostatique entre des ions de signes opposés. Elle résulte du transfert complet d'un ou plusieurs électrons d'un atome (peu électronégatif, qui devient un cation positif) vers un autre (très électronégatif, qui devient un anion négatif). Aucune paire n'est partagée : c'est l'attraction entre charges ++ et - qui assure la cohésion.

Figure 2 — Formation de la liaison ionique dans le chlorure de sodium NaCl\ce{NaCl}. Le sodium cède son unique électron de valence au chlore : il se forme un cation NaX+\ce{Na+} et un anion ClX\ce{Cl-} (octet complet). Les deux ions, de charges opposées, s'attirent.
Attention

La liaison ionique n'est pas un partage mais un don. On reconnaît un composé ionique au fort écart d'électronégativité entre ses atomes (typiquement un métal et un non-métal). À l'opposé, deux atomes identiques (comme dans ClX2\ce{Cl2}) ne peuvent former qu'une liaison covalente, puisqu'aucun des deux n'est plus avide d'électrons que l'autre.

La liaison covalente de coordination (dative)

Définition1.4liaison covalente de coordination

Une liaison covalente de coordination (ou liaison dative) est une liaison covalente particulière : c'est encore un partage d'un doublet, mais ici les deux électrons partagés proviennent d'un seul et même atome. L'atome qui apporte le doublet est le donneur ; celui qui le reçoit (et qui possède une case vide) est l'accepteur. Une fois formée, cette liaison est en tout point semblable à une liaison covalente ordinaire.

Figure 3 — Formation de l'ion ammonium NHX4X+\ce{NH4+}. L'azote de NHX3\ce{NH3} possède un doublet non liant ; il le « prête » au proton HX+\ce{H+} (qui n'a aucun électron) pour former une quatrième liaison NH\ce{N-H} : c'est une liaison covalente de coordination (en orange). Les quatre liaisons NH\ce{N-H} sont ensuite rigoureusement identiques.
Exempleéquation de formation de l'ion ammonium

La réaction s'écrit, le doublet non liant de l'azote (noté « : ») capturant le proton :

HX3N:+HX+NHX4X+soitNHX3+HX+NHX4X+.\ce{H3N{:} + H+ -> NH4+}\qquad\text{soit}\qquad \ce{NH3 + H+ -> NH4+}.

L'azote passe de 33 à 44 liaisons ; il porte alors une charge formelle +1+1 (voir section 4), ce qui explique la charge globale ++ de l'ion. Une fois l'ion formé, rien ne distingue la liaison dative des trois autres : l'ion NHX4X+\ce{NH4+} est parfaitement tétraédrique et symétrique.

Propriété1.1bilan des trois types de liaisons
  • Covalente : mise en commun d'un doublet, un électron de chaque atome. Typique entre non-métaux d'électronégativités voisines.
  • Ionique : transfert total d'électron(s), puis attraction électrostatique entre ions. Typique entre un métal et un non-métal (fort écart d'électronégativité).
  • Coordination (dative) : mise en commun d'un doublet, mais les deux électrons proviennent du même atome (un donneur + un accepteur à case vide).

2La règle de l'octet (et du duet)

Énoncé et signification

Tout l'art des structures de Lewis repose sur une idée directrice unique : chaque atome cherche à s'entourer du bon nombre d'électrons pour imiter le gaz rare le plus proche. Pour la plupart des atomes, ce « bon nombre » est huit ; pour l'hydrogène et l'hélium, c'est deux.

Propriété2.1règle de l'octet et du duet

Lors de la formation des liaisons, les atomes tendent à s'entourer de :

  • huit électrons de valence (octet) — ils adoptent alors la configuration stable d'un gaz rare comme Ne\ce{Ne} ou Ar\ce{Ar} ;
  • deux électrons (duet) pour l'hydrogène H\ce{H} et l'hélium He\ce{He}, qui visent la configuration de He\ce{He}.

On compte, autour de chaque atome, à la fois ses doublets non liants et les doublets liants qu'il partage. C'est le point fondamental des structures de Lewis : assurer l'octet (ou le duet) de chaque atome, gage de stabilité.

Remarque

« S'entourer de huit électrons » ne veut pas dire « posséder huit électrons en propre » : les électrons des doublets liants sont comptés deux fois, une fois pour chaque atome de la liaison. C'est ce double comptage qui permet à deux atomes de compléter simultanément leur octet en ne partageant qu'un seul doublet.

Choisir entre plusieurs structures possibles

Une même formule brute peut souvent s'écrire de plusieurs manières. Lorsque c'est le cas, on retient les structures qui satisfont, dans l'ordre, les critères suivants.

Propriété2.2critères de choix d'une bonne structure de Lewis

Si un composé admet plusieurs structures, on privilégie celles dont :

  1. les atomes de la première et de la deuxième période (H\ce{H}, C\ce{C}, N\ce{N}, O\ce{O}, F\ce{F}…) respectent l'octet (ou le duet) — ces atomes ne peuvent jamais le dépasser ;
  2. les densités de charges sont réparties en respectant les électronégativités (les charges négatives sur les atomes les plus électronégatifs) ;
  3. les charges formelles sont minimales (les plus proches de zéro) et, à valeur égale, les plus éloignées les unes des autres.
Attention

Les éléments de la troisième période et au-delà (P\ce{P}, S\ce{S}, Cl\ce{Cl}, Br\ce{Br}, Xe\ce{Xe}…) possèdent des orbitales dd accessibles : ils peuvent dépasser l'octet (on parle d'octet étendu ou d'hypervalence). C'est ce qui rend possibles des édifices comme PClX5\ce{PCl5}, SFX6\ce{SF6} ou l'ion ClOX4X\ce{ClO4-}. En revanche, C\ce{C}, N\ce{N}, O\ce{O}, F\ce{F} sont strictement limités à huit électrons.

Exempleoctet, duet et octet étendu sur trois cas
  • Dans HX2O\ce{H2O}, l'oxygène s'entoure de 88 électrons (2 liaisons + 2 doublets libres) : octet respecté ; chaque H\ce{H} s'entoure de 22 électrons : duet respecté.
  • Dans CHX4\ce{CH4}, le carbone forme 44 liaisons, soit 4×2=84\times 2 = 8 électrons : octet parfait, sans aucun doublet libre.
  • Dans SFX6\ce{SF6}, le soufre (3e période) forme 66 liaisons, soit 1212 électrons autour de lui : c'est un octet étendu, permis car S\ce{S} dispose d'orbitales dd.
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  • 3. Construire une structure de Lewis : la méthode des cinq étapes
  • 4. La charge formelle
  • 5. La théorie VSEPR (modèle de Gillespie)
  • … et 3 de plus

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