Deux gènes à la fois : 9:3:3:1, gènes liés, enjambement et cartes génétiques
Un gène, c'est déjà fait : croiser, dominer, ségréger. Mais un organisme n'hérite jamais d'un seul caractère à la fois. La vraie question du concours, c'est deux gènes en même temps : se transmettent-ils indépendamment ou main dans la main ? De la réponse dépendent le fameux rapport 9:3:3:1, la façon de calculer un phénotype composé sans dessiner, et l'outil qui a permis de cartographier les chromosomes bien avant qu'on sache les lire : la fréquence de recombinaison. On part du concret (des pois, des mouches, des labradors), et à chaque étape on te donne l'intuition avant la formule.
1Le dihybridisme : suivre deux caractères à la fois
Le monohybridisme suit la transmission d'un seul caractère (couleur du grain). Le dihybridisme suit deux caractères simultanément (couleur et forme du grain), chacun gouverné par son propre gène.
On reprend les pois de Mendel, avec deux caractères indépendants :
- gène « couleur » : allèle (jaune, dominant) allèle (vert, récessif) ;
- gène « forme » : allèle (ronde/lisse, dominant) allèle (ridée, récessif).
Le croisement, étage par étage
Génération P (parents purs). On croise une lignée pure jaune-ronde une lignée pure verte-ridée. « Pure » = homozygote pour les deux gènes : . Un homozygote ne fabrique qu'un type de gamète : ne donne que des gamètes , que des gamètes .
Génération F1. Tous les descendants reçoivent du père et de la mère : ils sont , doubles hétérozygotes. Comme et sont dominants, tous les F1 sont jaune-ronde. Le vert et le ridé ont disparu de la vue, pas du génotype.
Génération F2. On laisse les F1 s'autoféconder (). C'est ici que tout se joue : un double hétérozygote produit quatre types de gamètes, en proportions égales.
Un individu dont les deux gènes sont sur des chromosomes différents forme quatre gamètes équiprobables :
Chaque gamète reçoit un allèle de couleur et un allèle de forme, tirés indépendamment.
L'échiquier de croisement : 16 cases, 4 phénotypes
On croise les 4 gamètes femelles par les 4 gamètes mâles 16 combinaisons équiprobables. On les regroupe par phénotype : il n'y a que 4 apparences possibles (jaune ou vert ronde ou ridée).
Le croisement de deux doubles hétérozygotes (gènes indépendants) donne, en F2, le rapport
soit des deux caractères dominants, + pour chaque combinaison « un dominant, un récessif », et des deux caractères récessifs.
La loi qui rend tout ça possible
Lors de la formation des gamètes, les couples d'allèles de gènes différents se séparent indépendamment les uns des autres. L'allèle de couleur qu'un gamète emporte ne dépend pas de l'allèle de forme qu'il emporte.
Concrètement : chez le double hétérozygote, le jaune n'est pas « collé » au ronde, ni le vert au ridé. Les gamètes recombinés et apparaissent aussi souvent que les gamètes « parentaux » et . C'est exactement pour ça qu'on obtient les cases jaune-ridée et verte-ronde : des combinaisons absentes des grands-parents.
La loi de l'assortiment indépendant n'est valable que si les deux gènes sont sur des chromosomes différents. Quand ils sont sur le même chromosome (gènes liés, §4), le rapport 9:3:3:1 ne tient plus. C'est le piège no1 de ce chapitre.
2Calculer sans dessiner : la règle du produit
Dessiner un échiquier pour deux gènes, ça va. Pour trois gènes il faudrait cases, pour quatre . Impossible en QCM chronométré. Heureusement, quand les gènes sont indépendants, on multiplie les probabilités — exactement comme des lancers de dés indépendants.
Chaque gène pris séparément
L'astuce : un double hétérozygote , c'est deux monohybrides simultanés. On traite chaque gène tout seul, comme un simple monohybride :
- gène couleur : jaune (), vert () ;
- gène forme : ronde (), ridée ().
Puis on combine par multiplication.
Pour deux caractères gouvernés par des gènes indépendants :
- ;
- ;
- ;
- .
On retrouve le 9:3:3:1 en quatre multiplications, sans une seule case.
Combien de gamètes différents ? La règle du 2n̂
Pour un individu diploïde dont les gènes sont sur des chromosomes différents et sans crossing-over :
- = nombre de gènes hétérozygotes (et eux seuls) ;
- chaque gène hétérozygote () offre 2 choix ; un gène homozygote ( ou ) n'en offre qu'un et ne compte pas.
Un organisme diploïde a pour génotype (4 gènes sur 4 chromosomes différents, pas de crossing-over). Combien de gamètes différents ?
Réflexe naïf : « 4 gènes ». Faux. On ne compte que les gènes hétérozygotes. Or est homozygote : il ne donne toujours que l'allèle . Restent , , = 3 gènes hétérozygotes.
Réponse : 8. Le gène homozygote est là exprès pour te faire compter .
Combien d'allèles d'un gène dans une cellule ?
Un gène peut exister sous des centaines de formes (allèles) dans une espèce. Mais une cellule somatique diploïde n'en porte jamais que 2 : un sur chaque chromosome homologue de la paire.
Le gène existe sous 220 formes différentes dans le génome humain (la population). Combien en trouve-t-on au maximum dans une cellule somatique d'une femme ? Une cellule somatique est diploïde : deux chromosomes homologues, donc 2 copies du gène, donc au plus 2 allèles — que l'individu soit homme ou femme, quel que soit le total dans l'espèce. Réponse : 2. (Les 220 se répartissent entre les individus, pas dans un individu.)
La fréquence d'un phénotype composé
Quand les parents ne sont pas de simples doubles hétérozygotes, on ne connaît plus le rapport par cœur : on calcule, gène par gène, avec la règle du produit.
- Découpe le phénotype cherché en un caractère par gène.
- Pour chaque gène, traite le croisement comme un monohybride et calcule la probabilité de ce caractère.
- Multiplie toutes les probabilités (gènes indépendants produit).
On croise (4 gènes indépendants ; majuscule = dominant). Fréquence du phénotype (= dominant , récessif , dominant , dominant ) ?
Gène par gène :
- : ;
- : moitié , moitié ; le phénotype récessif exige : ;
- : tous ;
- : tous .
Les deux gènes croisés « récessif homozygote dominant » valent 1 : ils ne divisent rien. Ne jamais oublier de les inclure quand même — sinon on rate le raisonnement. Réponse : .
La suite de « Deux gènes à la fois : 9:3:3:1, gènes liés, enjambement et cartes génétiques » est prête.
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- 3. La preuve chromosomique : où tout se joue à la méiose
- 4. Gènes liés : quand le 9:3:3:1 se brise
- 5. Cartes génétiques : la recombinaison mesure les distances
- … et 2 de plus
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