Chimie organique
Les groupements fonctionnels
Ce que tu sauras faire
- reconnaître les trois grandes familles d'hydrocarbures (alcanes, alcènes, alcynes) et leur formule générale ;
- représenter les molécules en formules topologiques (squelettes en zigzag) et comprendre l'origine de la géométrie tétraédrique du carbone ;
- distinguer les carbones primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire ;
- identifier, lire et nommer les principaux groupements fonctionnels (alcool, éther, aldéhyde, cétone, acide carboxylique, ester, amine, amide, nitrile, thiol, imine) ;
- appliquer les règles de nomenclature et l'ordre de priorité des fonctions ;
- calculer la masse molaire d'une molécule organique à partir de sa formule brute.
1Introduction : qu'est-ce que la chimie organique ?
La chimie organique est la branche de la chimie qui étudie les composés du carbone. On rencontre ces composés partout dans le vivant et dans l'industrie : le méthane des gaz naturels, l'éthanol des boissons, l'aspirine, les plastiques, les protéines, l'ADN, etc. On dénombre aujourd'hui plusieurs dizaines de millions de molécules organiques connues, contre quelques centaines de milliers de composés minéraux : la richesse de cette chimie tient presque entièrement à un seul atome, le carbone.
L'atome de carbone possède électrons de valence : il forme donc toujours liaisons covalentes. On dit qu'il est tétravalent. Cette valence de lui permet de s'enchaîner en longues chaînes, en cycles, en réseaux, et de multiplier les géométries.
Quelle que soit la molécule organique considérée, la somme des ordres de liaison portés par chaque atome de carbone vaut toujours . Autrement dit, un carbone engagé dans une triple liaison ne peut plus former que une liaison simple supplémentaire () ; un carbone d'une double liaison forme encore deux liaisons simples ().
Pourquoi tant de molécules organiques ?
La diversité de la chimie organique s'explique par trois propriétés cumulées du carbone :
- la caténation : les atomes de C peuvent s'enchaîner les uns aux autres (chaînes linéaires, ramifiées, cycliques) ;
- la stabilité des liaisons C–C et C–H ;
- la capacité à former des liaisons multiples (doubles C=C, triples CC) et à accueillir des hétéroatomes (O, N, S, halogènes…).
La notion centrale de groupement fonctionnel
La plupart des molécules organiques peuvent être vues comme une chaîne carbonée (le « squelette ») sur laquelle sont greffés des petits groupes d'atomes, les groupements fonctionnels. C'est ce groupement fonctionnel, beaucoup plus que la longueur de la chaîne, qui détermine la réactivité et les propriétés chimiques de la molécule. Toute cette fiche tourne donc autour d'une idée simple :
Repérer et nommer le (ou les) groupement(s) fonctionnel(s) d'une molécule, c'est déjà connaître l'essentiel de son comportement chimique.
2Le carbone, ses liaisons et ses formules
Avant d'aborder les familles de molécules, fixons le vocabulaire et les modes de représentation.
Liaisons et
- Une liaison (sigma) est une liaison simple : les deux atomes partagent une paire d'électrons. La rotation autour de l'axe de la liaison est libre.
- Une liaison (pi) s'ajoute à une liaison pour former une double liaison () ou, par paire, une triple liaison (). Une liaison multiple est donc plus courte et plus forte qu'une liaison simple.
La partie d'une double liaison C=C bloque la rotation des deux carbones l'un par rapport à l'autre. C'est précisément ce blocage qui rend possibles les isomères cis/trans des alcènes (voir section 4).
Géométrie tétraédrique du carbone saturé
Un carbone qui ne forme que des liaisons simples adopte une géométrie tétraédrique : ses liaisons pointent vers les sommets d'un tétraèdre régulier.
- est l'angle entre deux sommets quelconques d'un tétraèdre régulier, vu depuis son centre. C'est une grandeur angulaire sans dimension (en degrés ou en radians).
C'est cette géométrie tétraédrique qui, enchaînée d'atome en atome, donne aux chaînes carbonées leur allure caractéristique en zigzag (voir plus bas).
Les quatre façons d'écrire une molécule
Prenons le butan-1-ol () pour illustrer les quatre représentations usuelles :
| Formule brute | — on ne voit que la composition atomique totale. |
|---|---|
| Formule développée | Toutes les liaisons sont dessinées, y compris C–H. |
| Formule semi-développée | Les liaisons C–H ne sont pas écrites ; seules les liaisons entre atomes « porteurs » sont visibles : . |
| Formule topologique (squelette) | On ne dessine que les lignes de la chaîne carbonée en zigzag ; chaque sommet (et chaque extrémité) est un carbone, les H sont sous-entendus. |
La disposition en zigzag de l'écriture topologique n'est pas une convention décorative : elle reflète fidèlement la géométrie tétraédrique des carbones. Les liaisons C–H, elles, sont simplement sous-entendues car il y en a trop pour qu'il soit pratique de les dessiner toutes.
3Les alcanes : hydrocarbures saturés acycliques
Un alcane est un hydrocarbure (composé de C et de H uniquement) acyclique (chaîne ouverte, sans cycle) et saturé : il ne contient que des liaisons simples C–C et C–H.
Formule générale
- : nombre d'atomes de carbone de la molécule (entier, sans unité) ;
- : nombre d'atomes d'hydrogène, entièrement déterminé par .
On la retient en vérifiant qu'elle « colle » aux premiers alcanes : (), (), (), ()…
Pour une molécule organique de formule brute (X = halogène, O ignoré), l'indice de déficience en hydrogène (ou degré d'insaturation) vaut :
- : nombre de liaisons + cycles (sans dimension) ; un alcane saturé acyclique donne ;
- : nombres d'atomes de C, H, N, X (sans dimension) ; l'oxygène n'entre pas dans le calcul.
Si pour un hydrocarbure , c'est nécessairement un alcane saturé acyclique.
La formule est-elle celle d'un alcane ? Avec , la formule générale prévoit atomes d'H. C'est exactement le cas, donc oui. Vérifions aussi avec l'indice : : pas de liaison multiple ni de cycle, la molécule est bien un alcane saturé. À l'inverse, donnerait : un degré d'insaturation, c'est-à-dire un alcène ou un cycloalcane.
Nomenclature des alcanes linéaires
Le nom d'un alcane s'obtient en accolant un préfixe grec (qui compte les carbones) au suffixe -ane.
| Nom | Préfixe | Formule brute | Formule semi-développée | |
|---|---|---|---|---|
| 1 | méthane | méth- | ||
| 2 | éthane | éth- | ||
| 3 | propane | prop- | ||
| 4 | butane | but- | ||
| 5 | pentane | pent- | ||
| 6 | hexane | hex- | ||
| 7 | heptane | hept- | ||
| 8 | octane | oct- | ||
| 9 | nonane | non- | ||
| 10 | décane | déc- |
- Tous les alcanes portent un nom qui se termine par le suffixe -ane.
- L'agencement des atomes adopte le plus souvent une conformation en zigzag, reflet de la géométrie tétraédrique des carbones.
Classification des atomes de carbone
Selon le nombre d'autres carbones auxquels il est lié, un carbone se classe en quatre types. Cette classification est fondamentale car elle sert aussi à classer les fonctions (alcools et amines primaires/secondaires/tertiaires).
- Carbone primaire (noté C) : lié à 1 seul autre carbone.
- Carbone secondaire (C) : lié à 2 autres carbones.
- Carbone tertiaire (C) : lié à 3 autres carbones.
- Carbone quaternaire (C) : lié à 4 autres carbones (et donc à 0 hydrogène).
La formule brute ne correspond pas à une seule molécule mais à trois isomères de constitution (mêmes atomes, assemblages différents) :
| n-pentane | 2-méthylbutane | 2,2-diméthylpropane |
|---|---|---|
| (isopentane) | (néopentane) | |
| 0.72 | 0.72 | 0.72 |
Analysons le 2,2-diméthylpropane (néopentane, structure la plus ramifiée) :
- le carbone central est relié à 4 autres carbones : c'est un carbone quaternaire (il ne porte aucun hydrogène) ;
- les quatre carbones périphériques () sont chacun liés à un seul autre carbone : ce sont quatre carbones primaires, chacun attaché à trois atomes d'hydrogène.
On dit donc que le néopentane contient quatre carbones primaires et un carbone quaternaire. Le compte des atomes se vérifie : .
Face à un énoncé du type « quatre atomes de C liés à trois H chacun », on reconnaît immédiatement quatre groupements , donc quatre carbones primaires. Le cinquième carbone (qui complète ) ne porte alors plus aucun H : c'est le carbone quaternaire central. On en déduit le néopentane, l'isomère le plus ramifié du pentane.
Plus un alcane est ramifié, plus son point d'ébullition baisse (les chaînes se tassent moins bien). Ainsi le n-pentane bout à , tandis que le néopentane bout dès . Même formule brute, propriétés physiques différentes : c'est tout l'intérêt des isomères.
La suite de « Chimie organique » est prête.
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- 4. Les alcènes : hydrocarbures à double liaison
- 5. Les alcynes : hydrocarbures à triple liaison
- 6. Les groupements fonctionnels : vue d'ensemble
- … et 5 de plus
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