Acide, base et réaction acide-base
Ce que tu sauras faire
- définir un acide et une base selon les trois théories (Arrhenius, Brønsted-Lowry, Lewis) ;
- manipuler la notion de couple acide/base conjugués et identifier les ampholytes ;
- distinguer électrolytes forts et faibles, et utiliser le degré d'ionisation ;
- maîtriser l'autoprotolyse de l'eau, le produit ionique et la définition du pH ;
- utiliser les constantes , , , et leurs relations (, ) ;
- calculer le pH des solutions d'acide fort, de base forte, d'acide faible et de base faible ;
- lire un diagramme de prédominance et un diagramme de distribution ;
- prévoir le sens d'une réaction acide-base à partir de et de ;
- comprendre le rôle d'une solution tampon et utiliser l'équation de Henderson-Hasselbalch ;
- interpréter une courbe de titrage acide-base et repérer le point d'équivalence.
1Introduction : les acides et les bases, cœur de la chimie en solution
Les acides et les bases forment l'une des plus vastes familles de réactions de la chimie. On les rencontre partout : le jus de citron (acide citrique) et le vinaigre (acide acétique) sont acides ; la lessive de soude, le bicarbonate et les medicaments antiacides sont basiques. Dans le corps humain, le sang est maintenu à pH par un système tampon ; la digestion fait intervenir l'acide chlorhydrique de l'estomac (pH ).
Comprendre les acides et les bases, c'est donc comprendre comment une espèce chimique peut céder ou capter un proton , comment se mesure l'acidité d'une solution (le pH), et comment deux espèces réagissent l'une avec l'autre. Cette fiche construit, de zéro, tout l'édifice théorique nécessaire.
Le fil conducteur est le suivant : (1) on définit ce qu'est un acide et une base ; (2) on quantifie leur force (, ) ; (3) on mesure l'acidité d'une solution (le pH) ; (4) on prévoit les réactions acide-base ; (5) on en tire des applications (tampons, titrages).
2Définitions des acides et des bases : les trois théories
Il existe trois définitions historiques des acides et des bases, de la plus restrictive à la plus générale. Elles ne se contredisent pas : chacune englobe la précédente.
La théorie d'Arrhenius (1884)
Un acide est une substance qui, dissoute dans l'eau, libère des ions oxonium (hydronium) (ou, de façon équivalente, des protons ).
Une base est une substance qui, dissoute dans l'eau, libère des ions hydroxyde .
- L'acide chlorhydrique : . Le cède son à l'eau, d'où l'apparition d' : c'est un acide d'Arrhenius.
- La soude : . L'hydroxyde de sodium libère des ions : c'est une base d'Arrhenius.
Cette définition est restreinte au milieu aqueux. Elle ne permet pas d'expliquer pourquoi l'ammoniac est une base alors qu'il ne contient pas de groupe : c'est ce qui a motivé la théorie suivante.
La théorie de Brønsted-Lowry (1923) — la plus utilisée en pratique
Un acide est une espèce chimique capable de céder (donner) un proton .
Une base est une espèce chimique capable de capter (accepter) un proton .
Le proton (un simple noyau d'hydrogène) est extrêmement petit et donc hyper-réactif : en solution aqueuse il ne survit jamais seul, il est toujours solvaté sous la forme (ion oxonium, ou hydronium). On écrit donc indifféremment ou dans les équations, mais il faut garder à l'esprit que c'est toujours qui est réellement présent dans l'eau.
L'avantage de la définition de Brønsted-Lowry est qu'elle fait apparaître l'idée fondamentale de couple acide/base conjugués.
Couples acide/base conjugués
Lorsqu'un acide cède un proton, il se transforme en une base , appelée sa base conjuguée. Réciproquement, lorsqu'une base capte un proton, elle se transforme en un acide , appelé son acide conjugué. Les deux espèces, reliées par le transfert d'un , forment un couple acide/base conjugués noté ou .
La demi-équation qui relie les deux membres d'un couple s'écrit toujours :
- Pour trouver la base conjuguée d'un acide : on lui enlève un (un H et une charge positive).
- Pour trouver l'acide conjugué d'une base : on lui ajoute un .
| Acide | Base conjuguée | Remarque |
|---|---|---|
| chlorure | acide fort / base indifférente | |
| acétate | acide éthanoïque (vinaigre) | |
| ammoniac | l'ion ammonium est l'acide de l'ammoniac | |
| hydroxyde | l'eau est l'acide de la soude | |
| eau | l'hydronium est l'acide de l'eau | |
| hydrogénocarbonate | couple du sang | |
| carbonate | est ici l'acide |
L'acide conjugué d'une base s'obtient en ajoutant un . Si l'on ajoute à , on obtient , qui n'existe pas en solution aqueuse. On dit donc que l'acide conjugué de n'existe pas. De même, est une base très forte dont la base conjuguée n'est pas observable dans l'eau.
Les ampholytes (espèces amphiprotiques)
Un ampholyte (ou espèce amphiprotique) est une espèce qui peut se comporter soit comme un acide, soit comme une base, selon ce avec quoi elle réagit. Cela arrive dès qu'elle possède à la fois un capable d'être cédé et un site capable de capter un .
- L'eau est l'ampholyte le plus important : elle peut céder un (couple , rôle d'acide) ou en capter un (couple , rôle de base).
- L'hydrogénocarbonate est un ampholyte : acide du couple , base du couple .
- L'ion dihydrogénophosphate : acide de , base de .
En tant qu'acide (il cède un ) :
En tant que base (il capte un ) :
On voit que joue tantôt le rôle de l'acide, tantôt celui de la base : c'est bien un ampholyte.
La théorie de Lewis (1923) — la plus générale
Un acide de Lewis est un composé accepteur d'une paire électronique (souvent un atome central possédant une orbitale lacunaire, c'est-à-dire vide).
Une base de Lewis est un composé donneur d'une paire électronique.
La définition de Lewis est plus générale que celle de Brønsted-Lowry : tout acide de Brønsted est un acide de Lewis (le accepte un doublet), mais l'inverse est faux. Par exemple, l'ion réagit avec l'ammoniac pour former : est un acide de Lewis (il accepte les doublets de l'azote) sans jamais échanger de proton.
Dans l'eau, l'acide (acide de Lewis) possède une orbitale vide et accepte un doublet de l'oxygène de (base de Lewis) pour former . La liaison supplémentaire naît du partage du doublet apporté par l'oxygène. Cette image « donneur / accepteur de doublet » est la version électronique du transfert de proton de Brønsted.
3Électrolytes forts et faibles — degré d'ionisation
Électrolytes : définition
Un électrolyte est une substance qui, dissoute dans l'eau, produit des ions : la solution conduit alors le courant électrique. On distingue :
- les électrolytes forts : substances complètement dissociées dans l'eau (sels solubles, acides forts, bases fortes). Ce sont des espèces à ou élevé.
- les électrolytes faibles : substances partiellement dissociées dans l'eau (acides faibles, bases faibles). Ce sont des espèces à ou faible.
- Acides forts (dissociation totale) : , , , (pour la première acidité), . On écrit la flèche totale : .
- Base forte : , : .
- Acide faible : (acide acétique), , . La dissociation est partielle : . La majeure partie de l'acide reste sous sa forme non dissociée.
Degré d'ionisation
Le degré d'ionisation (ou taux de dissociation) d'un électrolyte est le rapport entre la quantité qui s'est effectivement dissociée et la quantité initialement dissoute :
- : degré d'ionisation (sans dimension, souvent exprimé en pourcentage : ).
- Une valeur (soit ) correspond à une dissociation totale (électrolyte fort).
- Une valeur correspond à une dissociation partielle (électrolyte faible).
Le QCM 17 du livre fixe avec (donc ) et un pH imposé à . L'acide nitreux est un acide faible. On cherche son degré d'ionisation à ce pH.
Étape 1 — écrire l'équation de dissociation et l'expression du .
Étape 2 — exploiter pH . Comme :
Étape 3 — en déduire . La quantité dissociée vaut , la quantité restante . Comme elles sont égales, la moitié de l'acide s'est dissociée :
C'est la réponse D du QCM 17 : lorsque , exactement la moitié de l'acide est sous forme dissociée.
Pour un acide faible de concentration , on montre (voir section 7) que le degré d'ionisation vaut approximativement :
Ainsi, plus on dilue (plus diminue), plus augmente : c'est la loi de dilution d'Ostwald (QCM 18). Un acide faible est donc d'autant plus dissocié (en proportion) qu'il est dilué.
4L'autoprotolyse de l'eau et le produit ionique
L'auto-ionisation (autoprotolyse) de l'eau
L'eau étant un ampholyte, deux molécules d'eau peuvent s'échanger un proton : l'une joue l'acide, l'autre la base. C'est l'autoprotolyse (ou auto-ionisation) de l'eau.
Une molécule d'eau cède un (rôle d'acide) à une autre molécule d'eau (rôle de base). Il apparaît un ion oxonium et un ion hydroxyde .
Le produit ionique de l'eau
La constante d'équilibre de l'autoprotolyse de l'eau est appelée produit ionique et notée (ou ) :
À , .
- : produit ionique de l'eau (sans dimension ; produit de deux concentrations divisées par la concentration standard).
- : concentration molaire en ions oxonium, en .
- : concentration molaire en ions hydroxyde, en .
On n'écrit jamais dans le produit ionique. Pourquoi ? Parce que l'eau est le solvant en très large excès : sa concentration est quasi constante () et on l'incorpore dans la constante . C'est la réponse B du QCM 3 : , et non une expression contenant .
Variation de avec la température
L'autoprotolyse est une réaction endothermique. Donc, par le principe de Le Chatelier, plus la température augmente, plus augmente (et plus le pH neutre diminue). Réciproquement, à plus basse température, est plus petit.
On se place à une température où .
Étape 1 — déterminer le pH neutre à cette température. En milieu neutre, , donc :
Étape 2 — en déduire le pH neutre.
Conclusion. À cette température, le pH neutre vaut . Une solution à a donc un pH supérieur au pH neutre : elle est légèrement basique (proposition I vraie). La proposition II « le pH d'une solution basique est toujours » est fausse, car elle oublie la dépendance en température. Réponse : B.
Cet exemple est crucial : la valeur n'est « magique » qu'à . Dès que change, le pH neutre change aussi.
La suite de « Acide, base et réaction acide-base » est prête.
Ce cours reste 100 % gratuit — comme les 61 cours de la bibliothèque. Ton compte les ouvre tous et sauvegarde ta progression ; tu reprends ta lecture exactement ici.
- 5. Le pH et le pOH
- 6. Force des acides et des bases : K_a, pK_a, K_b, pK_b
- 7. Calcul du pH des solutions aqueuses
- … et 7 de plus
Gratuit · Sans mot de passe · Sans carte bancaire — juste ton email.
Déjà un compte ? · Le Pack en détail
